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À l'origine

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" Arrêter le voyage c'est mourir ", proverbe gitan

Sinaï

Sinaï
Bédouins du Sinaï

Bédouins du Sinaï

C'est avec émerveillement que je découvre enfin cette terre mythique, entre Afrique et Asie, le Sinaï. Suivre la route traversant d'immenses étendues sauvages et arides, contempler les impressionnants massifs montagneux dorés et ocres, leurs pics dentelés si caractéristiques, et imaginer qu'ils me livrent seulement quelques secrets de leur histoire millénaire sacrée... Même si la péninsule a dès lors connu d'incessants troubles depuis la création de l'état d'Israël, la magie du site l'emporte et je préfère me tourner vers les moments forts de son histoire antique. 

Si le pays de la turquoise tant convoité par les bâtisseurs d'empires fut sujet à d'innombrables combats, il fut également le berceau du premier alphabet protosinaïque. À l'époque pharaonique, de la XII à la XVIIe dynastie, les Égyptiens se rapprochèrent des peuples bédouins autochtones, ouvriers dans les mines de turquoise. Fascinés par le pouvoir des scribes maîtrisant l'art de l'écriture hiéroglyphique, les Bédouins en vinrent à se questionner sur leur mode de communication, jusque là simplement oral. Après de longues soirées d'échange au coin du feu, ils parvinrent à dessiner la forme la plus simple du signe égyptien, en partant de la première lettre du mot bédouin dans sa tradition sémitique. De là, naquit un alphabet composé de 25 à 30 signes, qui ne tardera pas à être véhiculé chez les Cananéens, futurs Libanais, habitués jusque là à l'écriture cunéiforme. Le célèbre alphabet d'Ougarit, en Syrie, aurait donc été influencé par le protosinaïque.

Ainsi, l'écriture hiéroglyphique donna naissance au premier alphabet protosinaïque, lui-même influa sur l'écriture grecque, puis romaine.

Habitants originels du Sinaï, les Bédouins sont pourtant aujourd'hui en minorité sur leur territoire. Pour la plupart issus de tribus apparentées à celles du Néguev, de Palestine, de Jordanie ou d'Arabie Saoudite, ils ont su comprendre et respecter le désert pour y vivre. Malheureusement, face à l'expansion du tourisme de masse et à l'installation des agriculteurs issus de la vallée du Nil, ils se voient expropriés des terres côtières et des terres nouvellement irriguées tandis que leurs zones de pêche sont polluées. Marginalisés et persécutés à cause de leur parenté avec les pays voisins - Israël et Palestine – et des soupçons d'appartenance à des réseaux terroristes, ils n'ont d'autre choix que de trouver d'autres alternatives. Ainsi, sont nées des coopératives visant à assurer leur indépendance économique de manière durable et respectueuse de leur environnement.

Enfin, on ne peut citer le Sinaï sans faire allusion aux références bibliques. Ici ce serait en effet dérouler quelques événements majeurs décisifs de l'histoire des trois grandes religions monothéistes, même s'il semblerait que, bien avant les Égyptiens et les Israélites, des peuples sémitiques vénéraient déjà quelques divinités dans ces montagnes.

C'est là, dans ce grand et terrible désert de la Bible, que Moïse aurait libéré le peuple hébreu d'Égypte et aurait traversé la Mer Rouge pour échapper à l'armée de Pharaon et rejoindre Canaan, la Terre Promise. Il aurait ensuite reçu de Yahvé le Décalogue, ou Tables de la Loi, au sommet du Mont-Sinaï, Djebel Musa - bien que cet emplacement soit discuté par les archéologues et historiens.

Avant d'entreprendre l'ascension du mont sacré partiellement enneigé, nous atteignons dans un premier temps le monastère orthodoxe Ste-Catherine, encaissé dans les contreforts de la vallée, à 1570 m. Construit au VIe siècle sur ordre de l'empereur Justinien autour du « buisson ardent » mentionné dans l'Exode de la Bible, la chapelle abrite un arbuste descendant soit disant du buisson originel ! Il s'agirait simplement d'un mûrier sauvage ou ronce commune... L'activité monastique semble cependant avoir débuté vers le IIIe siècle, de nombreux ermites se seraient installés dans les grottes environnantes un siècle après l'arrivée des premiers chrétiens fuyant les persécutions des Romains.

De là, nous suivons notre guide, djellaba sous le manteau et sandales aux pieds, dans le froid mordant de cette journée hivernale. Je m'étonne de voir comment ces hommes du désert savent s'adapter à des amplitudes extrêmes, de l'étouffante canicule au grand froid des sommets enneigés...

Le panorama gagne en intensité au fil de l'ascension, les premiers sommets déchiquetés se rapprochent tandis que d'autres se profilent à perte de vue, en contrebas, les gorges se perdent déjà dans la pénombre. Arrivés au bout du sentier des chameliers, dernier effort, emprunter les 750 marches abruptes taillées dans la roche et enfin apercevoir le toit de la petite chapelle annonçant le sommet – 2285 m. Telle un lézard sur son rocher, je m'empreigne du soleil parvenu maintenant à son zénith, et je me laisse aller à la contemplation du paysage, juste sublime...

Les contours irréguliers des monts granitiques et volcaniques se détachent nettement sur l'immensité diffuse du ciel. Dans les zones ombragées, les aplats de blanc lumineux contrastent avec les teintes profondes, rouge, ocre, brunes des roches, et le bleu azur du ciel.

L'astre déclinant rapidement nous rappelle qu'il ne faut pas tarder à redescendre, les quelques 3000 marches du Repentir verglacées pourraient nous faire prisonnier de Djebel Musa...

 

 

Du Mont-Sinaï

Du Mont-Sinaï

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