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À l'origine

À l'origine

" Arrêter le voyage c'est mourir ", proverbe gitan

Sur les bords du Gangâ, d'Agra à Varanasi.

Taj Mahal

Taj Mahal

 

Comment passer à Agra, ancienne capitale de l'empire moghol, sans aller voir le monument emblématique de l'Inde ?

 

Le soleil se couche et, sur ce côté-ci de la rive de la Yamuna, affluent du Gange, la vue sur le Taj Mahal est imprenable. Selon l'heure, l'édifice dégage une atmosphère différente mais à tout moment baignée de magie et de poésie. Les photographes et autres traqueurs de moments exceptionnels sont au rendez-vous, au côté des chiens errants installés sur le sable chaud, stoïques et imperturbables.

Expression de l'apogée architecturale moghole, perfection, mégalomanie mais aussi extrême raffinement et romantisme illimité, la liste serait bien longue pour qualifier la merveille de marbre blanc. Son instigateur, l'empereur Shâh Jahan avait par ailleurs prévu d'édifier pour lui-même une réplique du Taj en marbre noir, il aurait été relié au mausolée de son épouse Mamtâz Mahal par un pont enjambant la Yamuna.

Malheureusement, son fils Aurangzeb, dernier empereur moghol, en décida autrement. Après avoir fait tuer ses trois frères, il le fit emprisonner huit ans au fort rouge d'Agra, jusqu’à sa mort en 1666. Finalement Shah Jahan sera enterré dans le Taj Mahal aux côtés de son épouse, son cénotaphe présente par ailleurs le seul point d’asymétrie du bâtiment... 

Il est temps de rejoindre la gare de Tundla pour une nuit expérimentale à bord du Shatabdi Express. Je m'attendais certes à un train de nuit avec couchettes, sans soupçonner toutefois que la classe Sleeper fut la moins chère, minimum de confort mais à un prix imbattable ! L'absence d'intimité – pas de rideau entre les différents compartiments - favorise bien évidemment de sympathiques échanges avec les Indiens, pour beaucoup des familles modestes. Autre instant comique, manger le thali servi à bord ! Une fois terminé, inutile de chercher la poubelle, le concept n'existe résolument pas en Inde, reste à ravaler son idéal d'occidental écolo et se résoudre à tout jeter par la fenêtre ! Assignée à la couchette du haut, me voilà collée au ventilateur, sacs aux pieds, derrière le dos et sous la tête, calée de manière à ne pas trop éprouver les affreux courants d'air...

La fatigue l'emporte pourtant bien vite, dans 13h environ, je serai à Varanasi, ville sacrée de l'hindouisme sur les bords du Gange.

Ce n'est pourtant pas la vague de spiritualité qui nous étreint au réveil en gare de Varanasi Junction, mais plutôt le tourbillon habituel des grandes villes indiennes, axes routiers saturés, chiens et vaches déambulant au milieu des voitures et rickshaws klaxonnant à tout va. À la vue de la saleté, de la pauvreté et du délabrement général, on a vite fait d'oublier le riche passé historique de l'une des plus vieilles villes au monde, environ 3000 ans.

Bienvenue dans le sacro-saint indien !

Seul moyen d'échapper à l'hystérie générale, vite trouver un hôtel, recharger les batteries quelque peu affaiblies par une nuit chaotique, puis enfin s'imprégner de l'atmosphère de la vieille ville. Direction les ghats, fameuses marches descendant dans le Gange.

Loin de la source de son glacier himalayien natal, le fleuve sacré évoque malgré lui une dangereuse et fatale pollution. Il abrite pourtant un écosystème important et aurait même la capacité de s'autoépurer, ce qui ne suffit malheureusement pas à détruire l'ensemble considérable des déchets organiques. Gardant ces faits en tête, la seule vue du fleuve sacré, déserté à cette heure tardive de la matinée, me captive aussitôt, le poétique l'emportant vite sur le rationnel.

En bifurquant au coin de l'un des nombreux anciens palais de maharajas bordant les ghats, on plonge immanquablement dans le dédale de ruelles aux minuscules échoppes regorgeant de bois de sental, fleurs, noix de coco et autres offrandes dédiées aux rites.

Étrange traversée de la vieille ville où règne une totale ferveur. Accompagnée par les mélodies de chants sacrés, j'essaie de débusquer les temples sans soupçonner qu'ils sont vraiment omniprésents à Varanasi. Publics, dans les maisons ou petits autels disséminés par-ci par-là dans la rue ou au bord du Gange. Au détour de chaque ruelle, la foule des pèlerins se pressent inlassablement pour se recueillir devant le lingam de Shiva, pierre dressée d'apparence phallique, symbole de Shiva, dieu de la destruction ayant pour but la création d'un monde nouveau.

Au milieu de cette frénésie incessante, spirale de bruits, perpétuel défilé, odeurs tantôt délicieuses, tantôt pestilentielles, me voilà bientôt prise de vertiges, je décide de mettre le cap sur les ghats où je me laisse convaincre par une promenade nocturne en barque...

 

 

Varanasi à l'aube...

Varanasi à l'aube...

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